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Education & parentalité

[#Génération2020] Comment les adolescent.es régulent-ils.elles leur propres pratiques numériques ?

Les ados se considèrent-ils∙elles « sous contrôle parental » ? Comment leur usage des écrans est-il régulé ?

L’enquête #Génération2020 révèle que dans la grande majorité des cas, ce sont les jeunes eux-mêmes qui décident où, quand, et combien de temps ils∙elles utilisent leurs supports numériques. Ces usages ne sont en tous cas que très peu négociés avec les parents. 87 % des adolescent∙es n’échangent pas avec leurs parents sur leurs jeux favoris, les applications utilisées (84 %), les photos consommées (82 %) ou partagées (80 %). Le jeune est autonome dans le choix des personnes avec qui il ou elle entre en contact en ligne (78 %). Les frais engendrés par les usages connectés semblent par contre un sujet plus fréquemment abordé entre jeunes et parents. Ainsi, 27 % des parents décident de ce que le jeune peut acheter sur Internet et ces achats font l’objet d’une négociation dans 36 % des cas.

Dialogue avec leurs pairs

C’est en dialoguant avec leurs pairs que les jeunes répondent aux questions qu’ils∙elles se posent sur leur vie numérique : avec leurs ami∙es (61 %), un frère ou une sœur (45 %). Les jeunes semblent donc également estimer qu’ils∙elles sont des expert∙es plus fiables que les adultes quand il s’agit du numérique. Les parents restent bien sûr une source d’information dans ce domaine (35 %). Mais le corps enseignant ou éducatif n’est que peu sollicité pour répondre à des questions relatives aux médias (7 %).

Analyse

Dans l’acceptation des pratiques adolescentes par des parents qui ont perdu la tour de contrôle de vue, divers enjeux sont à l’œuvre. Pour les jeunes, la mutualisation des comportements numériques neutralise la crainte d’être mis·e sur la touche par les autres. Cette préoccupation est à mettre en lien avec diverses pratiques : des échanges intenses et prolongés entre ami·es ; un important volume de publications de photos de groupes, commentées et likées sans relâche. Ces activités seraient souvent admises par des parents conscients de la nécessité des équipements numériques et des pratiques en ligne pour des enfants cherchant à se conformer aux codes sociaux de leur âge. Il s’agirait là, pour les parents, d’un devoir de connexion technologique  inédit, répondant, pour les enfants, à un droit de communication entre pairs. Dans ces conditions, la concession de l’accès aux écrans connectés expliquerait pour partie le contrôle vertical (de parent à enfant) centré sur les débordements chronophages, et les nombreuses questions éducatives que les parents se posent à l’égard de la gestion du temps. Se connecter, oui, il le faut, mais pas trop, on le doit.

« Je suis entre quatre et cinq heures par jours sur les réseaux. Ouais ma mère elle est pas trop d’accord que je passe mon temps sur les réseaux, mais le seul truc qu’elle tolère pas, c’est qu’on soit à table avec son smartphone. Moi elle sait bien que je vais pas abuser et tout ça, mais mes petits frères, elle les contrôle. Elle veut pas qu’on soit trop par rapport à ça, parce qu’elle elle a pas connu ça ».

Les déclarations des répondant·es montrent que les parents 2020 ont lâché du lest par rapport à leurs devanciers. Ils et elles ont cédé ou perdu le contrôle d’un certain nombre de territoires numériques.  L’enquête entérine ce paysage, mais elle ne rend pas compte de la probable tonalité complexe des négociations, sans doute âprement menées par de jeunes ados qui tentent de convaincre de la nécessité des équipements numériques. Car en face, ils et elles trouvent des parents doublement inquiets, balançant entre un sous-équipement qui serait source d’exclusion, et un sur-équipement préfaçant les dangers potentiels liés à son usage. Au centre de ces enjeux contradictoires figure la socialisation juvénile, ayant pour finalité l’émancipation du jeune. Il n’est donc pas étonnant que les usages des écrans connectés soient l’objet d’une lutte, qui met parfois les familles sous tension, mais dont l’issue est connue.

Ici, mais ailleurs

Les parents entendent contrôler les pratiques. Les adolescents et adolescentes expriment le besoin et le plaisir de se retrouver seul·es dans l’intimité de leurs espaces personnels, où la gestion du temps semble leur appartenir. Ce jeu de chat et de souris déclenche régulièrement un phénomène de « coprésence » dans les espaces familiaux collectifs, chacun·e y étant absorbé par ses propres écrans, parents en premier. La télévision allumée participe à l’impression d’être ensemble.

« Ce qui se passe dans ma famille, je suis au courant, quand je regarde la télé avec eux, par contre j’aime bien avoir l’avis de mes copines sur ce qui se passe dans leur vie, c’est plus intéressant »

Ces occasions de partage sont parfois fixées comme des rendez-vous rituels qui rythment la vie familiale. Ils sont aussi un moyen de rassurer certains parents qui veulent avoir connaissance des contenus privilégiés par leurs enfants présents à leurs côtés : « Internet n’a pas qu’un potentiel centrifuge dans la famille. En autorisant la possibilité de sortir virtuellement du foyer tout en y restant physiquement, il peut paradoxalement donner un contenu fort aux liens familiaux et se couler dans des modes de vie assez traditionnels. Les enfants sont en effet potentiellement moins happés en dehors du foyer1 ».

Mais alors, qui contrôle, quand la famille cesse de le faire ? C’est le groupe de pairs qui reprend cette fonction de régulation. Dans les médias sociaux, la quête de rapports profonds aboutit souvent à la mise en place d’un contrôle réciproque. Sur les comptes personnels, débits et crédits sont largement et implicitement comptabilisés. Et surtout, on s’observe beaucoup, on décide de légitimer certains contenus en les alimentant, et on entreprend de décrédibiliser d’autres en adoptant un comportement passif, de simple observateur muet. L’investissement émotionnel adolescent est faible sur les contenus, à l’inverse de l’investissement porté sur la force des liens avec les pairs. La sociabilité, l’amitié, sont les valeurs juvéniles que les adolescents défendent, bien loin de la peur des risques et dangers liés à leurs pratiques.

« Ben quand je publie un truc, j’ai tout de suite des comms du genre fais gaffe à tes sources, ou tu devrais pas publier ça, tu devrais faire attention, même de gens que je ne connais pas. Du coup, je fais une barrière à ce que je publie. Je trouve ça épouvantable, les commentaires négatifs ».

Le contenu de cet article est extrait de l’analyse « Un contrôle parental assoupli - Interprétation critique de l’enquête #Génération2020 (5/5) » et des résultats de l’enquête #Génération2020, première enquête d’envergure sur les pratiques numériques des enfants et adolescent∙es menée en Fédération Wallonie- Bruxelles. Entre 2019 et 2020, plus de 2000 élèves de l’enseignement primaire et secondaire ont répondu à un questionnaire abordant différents aspects de leur vie connectée. Ces données statistiques ont été complétées par des entretiens individuels et des débats en groupe. Découvrez l’ensemble des résultats sur http://www.generation2020.be/. #Génération2020 fut menée par l’asbl Média Animation en partenariat avec le Conseil supérieur de l’éducation aux Médias de la Fédération Wallonie-Bruxelles (CSEM). L’enquête #Génération2020 est le fruit d’une collaboration fédérale dans le cadre du projet « Belgian Better Internet Consortium » (B-Bico), co-financé par le programme Connecting Europe Facility de l’Union Européenne. Elle fut élaborée à partir de l’initiative flamande Apestaartjaren grâce à un partenariat avec Mediaraven, Mediawijs et le département MICT de UGENT / IMEC.